22.05.2007

"La refondation idéologique du PS reste à faire"


«La refondation idéologique du PS reste à faire»
Par Jean-Dominique MERCHET
LIBERATION QUOTIDIEN : mardi 22 mai 2007

Laurent Baumel est responsable national aux études du Parti socialiste. Ce
proche de Dominique Strauss-Kahn a publié Fragments d'un discours réformiste
(Editions de l'Aube, 2006).

Où en est la refondation idéologique du PS ?

Elle reste à faire ! Même si, depuis 2002, nous avons avancé sur un point majeur
: désormais nous assumons notre réformisme, en ayant donné congé à une
rhétorique néo-gauchiste, à notre «surmoi marxiste». Nous sommes un parti
réformiste, mais il nous manque toujours un projet historique. Le PS n'a pas su
renouveler sa doctrine. Sur des questions comme la mondialisation, la nouvelle
question sociale ou l'individualisme contemporain, nous n'avons pas de contenu
adapté à notre posture réformiste.


Durant la campagne, Ségolène Royal a quand même fait bouger les lignes ?

Elle n'est pas enfermée dans la fétichisation des héritages, et la souplesse
dans la pensée est une condition importante du renouveau doctrinal. Elle a levé
des tabous, mais pas forcément sur les sujets qui sont au coeur de notre agenda.
Car le socialisme, c'est d'abord la question sociale. Et là, elle ne nous a pas
fait beaucoup progresser.

De son côté, DSK se revendique social-démocrate. Mais qui n'est pas
social-démocrate au PS ?

On peut avoir un débat sur les mots. Dominique Strauss-Kahn parle aussi de
«socialisme du réel». Personnellement, je suis attaché à l'idée d'un «réformisme
radical». Mais ce qui est important, c'est de définir une identité positive.

Le PS doit-il s'inspirer des exemples étrangers : Tony Blair ou les
social-démocraties nordiques ?


Il faut emprunter ce qui doit l'être. Au blairisme, un état d'esprit qui
consiste à assumer le préalable de la refondation idéologique. Tony Blair ne
s'est pas présenté au départ comme un pragmatique qui fait de la gestion. Il a
pris au sérieux la question idéologique, pour la redéfinir, un peu comme Sarkozy
le fait à droite. Plus que le contenu de sa politique, c'est de cela dont nous
devons nous inspirer. A partir des exemples nordiques, nous pouvons réfléchir à
un nouveau compromis entre un fonctionnement plus fluide du marché du travail et
une sécurisation des parcours des salariés.

Quels liens y a-t-il entre cette rénovation et la question de l'alliance avec
Bayrou ?


La refondation idéologique ne doit pas être subordonnée à cette question.
Rénover, ce n'est pas s'allier avec le centre, même si j'observe qu'il peut y
avoir des convergences.
Peut-on rénover sans trancher d'abord la question du leadership au sein du PS ?
Désigner un leader plus tôt permettra de mener un travail idéologique et
programmatique qui ne soit pas parasité par des questions de personnes. Mais
n'allons tout de même pas trop vite : il nous faut d'abord tirer sérieusement
toutes les conclusions de notre défaite à la présidentielle.