01.02.2007

La social-démocratie est-elle un libéralisme de gauche ? (1)

Vu en cours de philosophie, dans le cadre d'une reflexion sur la justice globale, une approche des théories utilistaristes, égalitaristes, et libertariennes. Dit comme ça, je n'y comprends rien, mais, transmis par un prof compétent, je trouve que ces notions peuvent éclairer notre méthode politique, la social-démocratie. Nous allons essayer en quelques posts de répondre à la question posée en accroche. Aujourd'hui, retour théorique :

L'UTILITARISME, OU LA MAXIMISATION DU BONHEUR

 (merci wikipédia)

L'utilitarisme est une doctrine éthique qui prescrit d'agir (ou ne pas agir) de manière à maximiser le bien-être de l'ensemble des êtres sensibles.

L'utilitarisme est donc une forme de conséquentialisme : il évalue une action (ou une règle) uniquement en fonction de ses conséquences, ce qui le distingue notamment de nombreuses morales religieuses dont le kantisme. On parle d'utilitarisme des préférences pour désigner une variante qui prescrit de maximiser à la place la quantité de préférences satisfaites. On peut encore appeler utilitaristes d'autres doctrines cherchant la maximisation d'autres conséquences, tant que celles-ci restent étroitement liées au bien-être général des êtres sensibles (l'humanité pour certains, l'humanité et les animaux (ou certains animaux) pour d'autres).

On peut résumer le cœur de la doctrine utilitariste par la phrase : Agis toujours de manière à ce qu'il en résulte la plus grande quantité de bonheur (principe du bonheur maximum). Il s'agit donc d'une morale eudémoniste, mais qui, à l'opposé de l'égoïsme, insiste sur le fait qu'il faut considérer le bien-être de tous et non le bien-être du seul agent acteur.

Ce sont avant tout Jeremy Bentham (1748-1832) et John Stuart Mill (1806-1873) qui ont donné une forme systématique au principe d'utilité et ont entrepris de l'appliquer à des questions concrètes — système politique, législation, justice, politique économique (ou il a fait florès, non sans subir de lourdes déformations), liberté sexuelle, émancipation des femmes, etc.. Bentham expose le concept central d'utilité dans le premier chapitre de son Introduction to the Principles of Morals and Legislation dont la première édition date de 1789, de la manière suivante :

Par principe d'utilité, on entend le principe selon lequel toute action, quelle qu'elle soit, doit être approuvée ou désavouée en fonction de sa tendance à augmenter ou à réduire le bonheur des parties affectées par l'action. [...] On désigne par utilité la tendance de quelque chose à engendrer bien-être, avantages, joie, biens ou bonheur.

Il convient donc de ne pas réduire le concept d'utilité à son sens courant de moyen en vue d'une fin immédiate donnée.

 

medium_jeremy-bentham-190x269.jpgmedium_mill_foto2.jpgJeremy Bentham                                                            John Stuart Mill

 

 

 

 

 

Cinq principes fondamentaux sont communs à toutes les versions de l'utilitarisme :

  • Principe de bien-être (the Greatest Happiness Principle en anglais).
    Le bien est défini comme étant le bien-être. C'est-à-dire que le but recherché dans toute action morale est constitué par le bien-être (physique, moral, intellectuel).
  • Conséquentialisme.
    Les conséquences d'une action sont la seule base permettant de juger de la moralité de l'action.
    L'utilitarisme ne s'intéresse qu'aux buts, pas aux moyens mis en oeuvre. Si des motifs immoraux résultent en un bien collectifs, allons-y !
  • Principe d'agrégation.
    Ce qui est pris en compte dans le calcul est le solde net (de bien-être, en l'occurrence) de tous les individus affectés par l'action, indépendamment de la distribution de ce solde. Ce qui compte c'est la quantité globale de bien-être produit, quelle que soit la répartition de cette quantité. Il est dès lors envisageable de sacrifier une minorité, dont le bien-être sera diminué, afin d'augmenter le bien-être général. Cette possibilité de sacrifice est fondée sur l'idée de compensation : le malheur des uns est compensé par le bien-être des autres. S'il est surcompensé, l'action est jugée moralement bonne. L'aspect dit sacrificiel est l'un des plus critiqués par les adversaires de l'utilitarisme.
  • Principe de maximisation.
    L'utilitarisme demande de maximiser le bien-être général. Maximiser le bien-être n'est pas facultatif, il s'agit d'un devoir.
  • Impartialité et universalisme.
    Les plaisirs et souffrances ont la même importance, quelque soit l'individu qu'ils affectent. Le bien-être de chacun a le même poids dans le calcul du bien-être général.
    Notons que ce principe est compatible avec la possibilité de sacrifice : ce principe affirme seulement que tous les individus valent autant dans le calcul. Il n'y a ni privilégié ni lésé a priori : le bonheur d'un roi ou d'un simple citoyen sont pris en compte de la même manière.
    L'aspect universaliste consiste en ce que l'évaluation du bien-être vaut indépendamment des cultures et des particularismes régionaux. Comme l'universalisme de Kant, l'utilitarisme prétend définir une morale valant universellement.