« Messieurs, l’heure est grave. Nous avons subi deux défaites majeurs les 22 avril et 6 mai dernier. Les troupes des Unités Militaires Pacifiques occupent les deux tiers du territoire. Seul l’Ouest résiste encore ». Le commandant était concentré sur sa carte, anxieux. Il ne restait que trois semaines, avant l’affrontement décisif, et il ne voyait pas d’issue positive.
Autour de lui, l’Etat-major se tenait réuni. Nombreux étaient ceux qui avaient perdu des proches ces derniers jours, tous passés à l’ennemi. A commencer par le commandant lui-même.
« Changeons la générale ! », clamaient les uns. « Virons le commandant », répondaient les autres. Le double commandement était, en effet, une des raisons invoquées pour expliquer les défaites précédentes. Pendant toute la campagne, les troupes avaient tourné en rond sur le triptyque bien connu : « Ordre ! Contre-ordre ! Désordre ». Des dissensions étaient alors apparues, chacun rejetant la faute sur son voisin, pendant qu’en face, ils marchaient en rangs serrés au rythme du rouleau compresseur.
« Nous devons passer à gauche », grognait le vieux Méchanlon. « Il y a de l’espace, nous devons les contourner ». Entre les deux batailles, la générale avait cherché à rallier le centre ennemi à elle. Le seul résultat avait été la destruction et la balkanisation d’une partie des forces adverses, qui navait pas empêchée la déroute. Pour Méchanlon, c’était la raison essentielle de la défaite.
DKS avait une autre analyse : « Nous sommes partis au combat avec un plan de bataille du siècle dernier, alors qu’en face ils s’étaient adaptés. Nous devons tenir compte des changements, des progrès technologiques. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas laisser nos hommes partir au casse-pipe avec … »
« Si ce n’est que ça, c’est très facile », bondit le fougueux Descenteville. « Regardez ! ». S’emparant du plan de bataille, il raya rageusement son intitulé pour écrire à la place ‘Nouveau Plan de Bataille’. « Et voilà ! Bon, on y va maintenant ? »
La générale lui intima d’un geste le silence. « Continue, DKS, que préconises-tu ? ». Il reprit la parole : « C’est malheureusement un peu plus compliqué que ce que ne le souhaiterait Arno, et cela prendra du temps. Or, aujourd’hui, nous ne manquons ni d’homme, ni de motivation – quoique – mais de temps. En face, ils font le forcing tous les jours, se déploient sur tout le territoire. Ils ont l’intention de frapper fort. Nous ne devons pas seulement résister, mais les devancer. Cesser de réagir, de répondre à leurs offensives, hier encore à Toulouse sur les usines aériennes, mais passer à l’offensive. »
« Toujours aussi brillant sur le papier, DKS », l’interrompit le commandant. « Oublies-tu qu’ils contrôlent toutes les routes, France 1, France 2, France 3, les voies aériennes, Europe 1, 2, etc. … ».
DKS conclut : « Oui, l’UMP dispose aujourd’hui de moyens matériels considérablement supérieurs aux nôtres. Oui, ils n’hésitent pas à se payer des hommes jusque dans nos rangs. Mais souvenons-nous de notre idéal, de la raison de notre combat. Ce sont des millions d’hommes et de femmes qui attendent qu’on leur parle de justice, d’égalité, de prospérité, qu’on gouverne avec eux, comme l’a très bien dit la générale, et pour eux. Nous pouvons compter sur des centaines de milliers d’entre eux qui ont rejoint nos rangs et portent l’étendard du poing et de la rose. Ils sont notre force. Nous devons taire nos différents et aller ensemble à la bataille. Parce que nous préférons tous ici la vérité aux mensonges, les difficultés de l’action aux effets d’annonce, parce que notre combat est juste. Parce que nous sommes socialistes. »